La sonification, qu'est ce que c'est ?

« La relation entre l’interprétation des données et la musique existe depuis longtemps - dans un sens toute interprétation d’une partition musicale pourrait être considérée comme un exemple de sonification, puisque il s’agit bien de rendre audible une information encodée. D’ailleurs, la majeure partie de la musique savante occidentale est conçue dans cette construction virtuelle que constituent les notes écrites sur une partition, qui n’a d’existence qu’à la condition d’être exécutée. Et ce n’est que depuis peu (avec l’arrivé de l’enregistrement et de la musique concrète) que nous composons de la musique directement avec des sons (Gena 2011). [...]

 

Si les notes sont bien des données, elles naissent (généralement) dans l’imagination d’un compositeur. Les données de la sonification, en revanche, peuvent provenir d’une source autre que la volonté humaine ; il s’agit dans ce cas de la médiation d’une chose et non de la projection d’une idée. 

La notion de temps intervient alors car la sonification donne à entendre ce qui est à voir, toucher ou sentir et ce en temps réel. [...]

 

Le philosophe Henri Bergson fut peut-être le premier à utiliser l’expression « temps réel », il voit notre relation au temps immédiat comme une tête de lecture infiniment petite, en déplacement permanent, mais qui s’élargit immédiatement et sans cesse a partir du point de contact en forme de cône. Car l’immédiat se combine avec le passé et se projette dans le futur, dans une multiplicité d'échelles d’interprétations simultanées.

Plus récemment, le cognitiviste et philosophe Daniel Dennett a entrepris la lourde tâche de tenter d'expliquer le fonctionnement de la conscience (Dennett 1991). Dennett part de la production de notre flux de conscience, qu'il appelle la “Narration Joycienne” en référence au monologue intérieur des personnages dans les romans de l’auteur irlandais d’Ulysse.

Selon Dennett, mais aussi Bergson (Bergson 1889), la principale raison d’être de notre conscience est de prédire l'avenir et d'éviter ainsi les mauvaises choses qui pourraient nous arriver. Ils qualifient l’un et l’autre ce mécanisme un peu différemment : Bergson l’appelle «libre arbitre», tandis que Dennett l’appelle «evitability», que l’on pourrait traduire par la possibilité d’échapper à la fatalité. [...]

 

Le rôle de notre conscience est alors d'essayer de donner un sens à des données brutes. Nous cherchons sans arrêt des modèles familiers dans le bruit ambiant, qui peuvent nous donner des indications quant à ce qui est susceptible de se produire à tout instant. […] »

 

 L’Art de La Sonification en Temps Réel

 

 Peter Sinclair

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